Après celle tenue au Maroc en 2024, la Tunisie a accueilli ce 18 février 2025 la deuxième rencontre annuelle du Maghreb et le lancement du campus Afrique en Tunisie. Plusieurs points saillants ont meublé cette première journée notamment l'exposé de Armand Claude Abanda titulaire de la chaire UNESCO d'Afrique centrale Accès -TIC.

Devant un parterre de personnalités constitué des Titulaires de Chaires UNESCO et Responsables du maghreb, Armand Claude ABANDA est monté au créneau pour présenter son exposé axé sur «la nécessité pour l'Afrique de solidifier au plan TIC le capital humain aussi bien au niveau de l'ensemble de la population qu'au niveau de l'élite digital».

Outre cette thématique, le représentant résident de l'IAI-Cameroun a démontré la nécessité absolue de faire consommer aux autres ce que nous produisons et Bien-sûr de consommer nous-mêmes le fruits de nos efforts.
L’import-substitution ne se résume pas à remplacer des produits importés par des produits locaux. C’est un choix stratégique pour renforcer notre souveraineté économique, créer de l’emploi et faire émerger une industrie compétitive.

«nous avons déjà les bases : des talents, des solutions technologiques et un écosystème numérique en pleine croissance» explique Armand Claude Abanda.

Pour le titulaire de la chaire UNESCO d'Afrique centrale Accès -TIC, L’IAI, à travers des initiatives comme le projet MIJEF, a formé 1 million de jeunes et de femmes aux TIC. Ces compétences doivent être mobilisées pour développer des solutions locales et renforcer nos incubateurs dans les secteurs clés.

Pour y arriver, il a émis quelques suggestions aux rangs desquelles:
Miser sur les secteurs à fort impact; Le Cameroun importe encore massivement dans des secteurs où nous avons pourtant les ressources et le savoir-faire. Nos incubateurs doivent prioriser des domaines où nous pouvons être compétitifs rapidement :
Agro-industrie : Nous exportons du cacao brut pour importer du chocolat. Pourquoi ne pas encourager des startups locales à transformer nos matières premières ici-même ?

Fintech et solutions numériques

Orange Money et MTN Mobile Money sont des réussites qui ont révolutionné le paiement mobile.

Nos étudiants développent des solutions digitales aussi compétitives que celles étrangères. Soutenons ces innovations pour éviter de dépendre de logiciels et plateformes importés.

Énergies renouvelables

60 % de notre population dépend du bois et du charbon.

Pourquoi ne pas développer des solutions locales comme des kits solaires accessibles, produits et assemblés ici ?

Pharmacie et santé
90 % de nos médicaments sont importés. Pourtant, nous avons des plantes médicinales aux vertus prouvées. Pourquoi ne pas industrialiser leur transformation ?
Les incubateurs doivent se spécialiser et aligner leurs programmes sur ces secteurs prioritaires.



Accompagner autrement : l’innovation numérique comme levier

Un incubateur efficace ne doit pas juste offrir des locaux et du coaching. Il doit intégrer des outils technologiques avancés pour aider les startups à scaler rapidement : Automatisation et intelligence artificielle pour optimiser la gestion et la production locale; Plateformes collaboratives et e-commerce : Pourquoi dépendre de plateformes étrangères alors que nous pouvons créer des places de marché numériques locales ? Blockchain et cybersécurité ; Sécuriser les transactions, garantir la traçabilité des produits et lutter contre la contrefaçon.

Pour lui, nous avons les talents et les compétences pour cela, grâce aux jeunes formés dans nos institutions comme l’IAI et bientôt la chaire Unesco d'Afrique Centrale ACCES-TIC, Il faut maintenant les connecter aux bons écosystèmes pour qu’ils innovent sur le marché local.



Le défi du financement : des efforts, mais encore des obstacles

Le gouvernement met en place des mécanismes de financement pour les startups, mais il y a encore des efforts à faire: Les fonds publics existent, mais sont parfois limités, longs à débloquer et accessibles à peu d’entreprises du fait des moyens limités de nos Etats; Les banques restent frileuses, demandant des garanties que peu de startups peuvent offrir; Les investisseurs privés s’intéressent encore trop peu aux projets technologiques locaux; Nous devons diversifier les sources de financement; Fonds d’investissement spécialisés pour les startups camerounaises dans les secteurs stratégiques; Crowdfunding et business angels locaux : Des plateformes comme Afrikstart permettent déjà aux startups africaines de lever des fonds. Il faut créer des alternatives camerounaises; Partenariats public-privé : Les grandes entreprises doivent investir dans les incubateurs, former des talents et intégrer les startups dans leurs chaînes de valeur.

Le financement ne doit plus être un frein, mais un accélérateur.



Valoriser et imposer le "Made in Cameroon". Un des plus grands défis pour nos startups est l’adoption du marché local; Promouvoir le « Made in Cameroon » comme un label de qualité et d’innovation; Encourager la préférence nationale dans les achats publics et privés; Aider les startups à s’exporter : nous devons viser le marché africain et international, avec des produits compétitifs et bien positionnés; Trop souvent, les solutions locales sont sous-estimées alors qu’elles sont tout aussi performantes que les solutions étrangères. Il est temps de changer cette perception.



Les Etats africains disposent d'incubateurs, des talents. Mais pour réussir l’import-substitution, il nous faut un vrai changement de mentalité et d’approche.

L’IAI et la Chaire UNESCO d'Afrique Centrale ACCES-TIC sont prêts à jouer leurs rôles, en accompagnant la digitalisation et la montée en compétences des entrepreneurs camerounais.

Nous devons ensemble investir dans nos startups, consommer local, et croire en notre potentiel.

L’avenir économique du Cameroun ne se construira pas avec des importations massives, mais avec des entrepreneurs audacieux, des solutions locales et un écosystème solide.

Cette rencontre qui s'achève ce jour a réuni des représentants de 18 chaires du Maghreb ainsi que 3 chaires UNESCO notamment celles du Cameroun, de la République centrafricaine et de la Côte d'Ivoire, afin de discuter des défis environnementaux, socio-économiques et sécuritaires, tout en renforçant la coopération régionale.


Le campus Afrique a pour but d'offrir des formations et des opportunités aux jeunes africains, en mettant l'accent sur l'accès aux technologies de l'information et de la communication (TIC). Cette initiative s'inscrit dans les objectifs de la chaire UNESCO d'Afrique centrale, qui promeut l'inclusion numérique et l'autonomisation des jeunes et des femmes en Afrique centrale.
C'est un événement très prometteur pour la coopération régionale et le développement des compétences numériques en Afrique.

La mise en place du plan d'action 2025 pour un réseau dynamique est le point qui marque la fin de cette rencontre annuelle.

 
Line Tchakounte