Au siège de la FECASDI, la Plateforme nationale des organisations de promotion de l’inclusion des personnes handicapées au Cameroun a tenu, en partenariat avec Elections Cameroon (ELECAM), une conférence de presse consacrée à la présentation d’un outil inédit : la pochette tactile, conçue pour permettre aux personnes déficientes visuelles de voter en toute autonomie lors de l’élection présidentielle du 12 octobre prochain. Depuis 2011, la Plateforme et ELECAM œuvrent main dans la main pour rendre les élections camerounaises plus inclusives, avec l’appui de la Commission nationale des droits de l’homme et des libertés, du CNUDDH-AC et de l’ONG Sightsavers. Cette coopération a permis d’importants progrès : sensibilisation, plaidoyer, amélioration de l’accessibilité des bureaux de vote.

Aujourd’hui, plus de 33 000 personnes handicapées figurent sur le fichier électoral national, preuve d’une mobilisation croissante. Après l’introduction des étiquettes en braille, la pochette tactile marque une nouvelle étape dans la modernisation inclusive du processus électoral. Jusqu’ici, le vote des personnes déficientes visuelles reposait sur le braille — un système que tous ne maîtrisent pas.

La pochette tactile vient combler ce vide. « Le nombre de points en relief sur la pochette correspond au numéro du candidat à la présidentielle » explique Franck Ekotto représentant d’ELECAM. Fonctionnement du parti Pour ceux qui ne savent pas lire, ce côté de la pochette comporte des points en relief.

Un seul point correspond, par exemple, au premier candidat. Deux points au deuxième, et ainsi de suite, selon l’ordre officiel de publication par le Conseil électoral et le Conseil constitutionnel. C’est simple, sûr et accessible à tous».

Pour François Kenfack, leader des organisations de personnes handicapées (OPH), cette rencontre ne se limite pas à la présentation d’un outil. Elle se veut aussi un appel à la participation citoyenne. « Nous voulons encourager les personnes handicapées à retirer leurs cartes électorales et à voter.

Nous ne sommes pas un parti politique, mais nous avons notre mot à dire. Chaque personne handicapée choisira le candidat de son choix, mais nous voulons que notre vote compte et soit pris en compte dans les politiques publiques». Cette innovation inspirée du Ghana est une idée, Eveline Angonie, membre de la Plateforme inclusive.

« J’ai découvert la pochette tactile lors d’un échange au Ghana, où cet outil a déjà permis à des milliers de personnes non-voyantes de voter de manière autonome. J’ai pensé qu’il était temps que le Cameroun adopte aussi cette bonne pratique africaine. Une initiative saluée par tous les participants comme un modèle d’inspiration régionale et d’innovation citoyenne.

Les intervenants ont unanimement salué les efforts d’ELECAM pour adapter les bureaux de vote et former le personnel électoral à mieux accueillir les électeurs en situation de handicap. Ils ont également remercié certains partis politiques pour leur ouverture à la cause des personnes handicapées. Cependant, une voix d’espoir a traversé la salle « Nous déplorons l’absence d’un candidat handicapé à la présidentielle de 2025 », a regretté François Kenfack, appelant à une meilleure représentation lors des prochaines élections locales et législatives.

Les représentants de la Plateforme souhaitent désormais que les médias relaient largement l’image des personnes handicapées exerçant leur droit de vote. « Nous voulons être vus. Notre participation est une arme pour revendiquer notre place dans la société », ont-ils insisté.

Rappelons que l vote des personnes handicapées n’est pas une faveur, mais un droit fondamental. La pochette tactile marque une avancée majeure vers des élections véritablement accessibles à tous. Le 12 octobre prochain, les électeurs en situation de handicap entendent prouver, urne à la main, qu’ils comptent pleinement dans la vie démocratique du Cameroun.

Denise Ebelle