Du 21 au 23 avril 2026 à Yaoundé, la FAO et l’Union Africaine réunissent les États de la CEEAC pour muscler la surveillance épidémiologique et accélérer l’éradication de la Peste des Petits Ruminants. Maladie virale qui décime ovins et caprins, la PPR engloutit chaque année plus de 1 300 milliards de francs CFA en Afrique centrale et menace la sécurité alimentaire de 300 millions de familles rurales sur le continent. L’atelier technique entend transformer la coopération régionale en bouclier sanitaire, avec des feuilles de route nationales et un réseau de laboratoires pleinement opérationnels.


Une facture économique qui exige une réponse collective
 
La Peste des Petits Ruminants n’est pas une menace théorique : elle est une hémorragie silencieuse pour les économies rurales. Dr Antonio Luís Évora Ferreira Querido, représentant de la FAO au Cameroun, l’a rappelé sans détour : « la peste des petits ruminants est une maladie virale à propagation rapide qui affecte plus de 70 pays d’Afrique, du Proche et du Moyen-Orient et d’Asie, menace la sécurité alimentaire de près de 300 millions de familles rurales. Chaque année, elle entraîne des pertes économiques estimées à 2,1 milliards de dollars américains ».

En Afrique centrale, l’endémie freine la productivité animale et paralyse les échanges régionaux de bétail et de produits d’origine animale. Pour le Dr Guy Iréné Mimbang, Conseiller Technique n°1 représentant le MINEPIA, « l’heure est donc grave, il faut changer la donne ». Il exhorte les pays à « se mettre ensemble dans l’optique de trouver des solutions efficaces pour parvenir à l’éradication de cette maladie, collecter des données factuelles afin de mieux orienter les actions de contrôle sur le terrain ».


Trois jours pour bâtir un système d’alerte précoce régional
  
Organisé par la FAO en collaboration avec le Bureau Interafricain des Ressources Animales de l’Union Africaine à travers le Secrétariat panafricain pour la PPR, l’atelier de Yaoundé vise à renforcer les capacités des États membres de la CEEAC en surveillance de la PPR et des autres maladies animales transfrontalières. L’objectif est opérationnel : améliorer la détection précoce, la réponse rapide et la coordination régionale. Le Dr Casimir Marcel Ndongo Kounou, coordonnateur régional du programme PPR en Afrique Centrale pour l’AU-BIRA, a salué « les progrès notables enregistrés au cours de ces dernières années dans la sous-région de l’Afrique centrale », notamment « l’amélioration progressive des systèmes d’épidémiosurveillance ; la réactivation des réseaux régionaux, en particulier le réseau des laboratoires et le réseau d’épidémiosurveillance ».

Rappelant que « la peste bovine était la deuxième maladie à être éradiquée dans le monde entier », il insiste : « L’Afrique est le berceau de la maladie, d’où l’importance des pays qui se partagent l’économie du bétail dans une région donnée pour emmener une solution collective ».

Des livrables pour sortir du cycle des ateliers sans lendemain

Du 21 au 23 avril 2026, les experts vont harmoniser les procédures de collecte, d’analyse et de notification des données épidémiologiques, définir les écosystèmes épidémiologiques et cartographier les zones à haut risque. L’interopérabilité entre le RESEPI-AC, ARIS et WAHIS doit devenir effective, tout comme l’opérationnalisation du RESEPI-AC et du RESOLAB-AC.

À l’issue des travaux, les pays disposeront de cartes de risques actualisées, de feuilles de route nationales et régionales validées, et d’un plan régional de surveillance harmonisé. Les États membres devront _« s’engager formellement à intégrer ces approches dans leurs plans nationaux »_. L’enjeu dépasse la technique : il s’agit de transformer trois jours de travail en rempart contre une maladie qui vide les bergeries, appauvrit les éleveurs et fragilise la balance commerciale.

Yaoundé pose ainsi les fondations d’une riposte qui refuse la fatalité et mise sur la donnée, la science et la solidarité régionale pour que la PPR rejoigne la peste bovine dans les livres d’histoire.

Line TCHAKOUNTE