Lors du dialogue stratégique national sur la gouvernance de la migration de main-d'œuvre tenu ce 28 septembre 2026 à Yaoundé, Angélique Salomé Mbouzié Ahanda (épouse Abah), Chef de la Division des Normes et de la Coopération internationale du travail au Ministère du Travail et de la Sécurité sociale (MINTSS), a exposé les enjeux de la mobilité des compétences camerounaises.
Sur la demande mondiale de compétences et le positionnement du Cameroun
« L'internationalisation de la main-d'œuvre est devenue un enjeu économique mondial. La demande de compétences est dès lors appelée à durer.
Parce qu'en effet, de nombreuses économies ont une croissance démographique vieillissante et les sollicitations sont de par le monde. La demande de main-d'œuvre est donc mondiale, elle est structurelle et elle est durable.
Parce qu'en effet, de nombreuses économies ont une croissance démographique vieillissante et les sollicitations sont de par le monde. La demande de main-d'œuvre est donc mondiale, elle est structurelle et elle est durable.
À cet effet, le Cameroun qui est un pays jeune dans un monde vieillissant et dont la qualité des compétences n'est plus à démontrer, montre que le Cameroun doit se positionner autrement.
Les sollicitations viennent fortement du Canada, de l'Italie, du Royaume-Uni et des pays du Golfe. Et pour ce faire, le Cameroun qui dispose d'un capital humain recherché sur ces marchés devrait plutôt saisir cette occasion pour mieux se positionner. »
Les sollicitations viennent fortement du Canada, de l'Italie, du Royaume-Uni et des pays du Golfe. Et pour ce faire, le Cameroun qui dispose d'un capital humain recherché sur ces marchés devrait plutôt saisir cette occasion pour mieux se positionner. »
Sur le rapport de force international et la valeur économique de la main-d'œuvre
« Les pénuries structurelles de main-d'œuvre dans le monde ont créé un pouvoir de négociation pour le Cameroun.
En Italie, c'est environ 1,3 million de postes qui sont non pourvus par an. Au Canada, c'est plus de 500 000 immigrants qui sont ciblés. En Allemagne, c'est 7 millions de postes à pourvoir.
Dans les pays du Golfe, à l'horizon 2030, des politiques particulières sont faites en faveur de la recherche de nouveaux travailleurs migrants.
En Italie, c'est environ 1,3 million de postes qui sont non pourvus par an. Au Canada, c'est plus de 500 000 immigrants qui sont ciblés. En Allemagne, c'est 7 millions de postes à pourvoir.
Dans les pays du Golfe, à l'horizon 2030, des politiques particulières sont faites en faveur de la recherche de nouveaux travailleurs migrants.
La guerre des talents est réelle. La mobilité de la main-d'œuvre est passée d'un sujet social à un sujet de souveraineté et de compétitivité.
Le Grand Nord a besoin du Sud pour survivre et c'est également un ancrage économique, parce que la mobilité de main-d'œuvre aujourd'hui est plus rentable que l'aide publique au développement. Selon les chiffres de l'OCDE, environ 85 millions de travailleurs qualifiés manqueront dans le monde d'ici 2030 en raison d'un effondrement global de la fécondité. Pourtant en Afrique, 60% des moins de 25 ans sont en âge de travailler : le travail peut se positionner comme une nouvelle matière première.
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Le Grand Nord a besoin du Sud pour survivre et c'est également un ancrage économique, parce que la mobilité de main-d'œuvre aujourd'hui est plus rentable que l'aide publique au développement. Selon les chiffres de l'OCDE, environ 85 millions de travailleurs qualifiés manqueront dans le monde d'ici 2030 en raison d'un effondrement global de la fécondité. Pourtant en Afrique, 60% des moins de 25 ans sont en âge de travailler : le travail peut se positionner comme une nouvelle matière première.
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Sur l'impact financier et le passage du « brain drain » au « brain gain »
« La mobilité de la main-d'œuvre s'est avérée beaucoup plus rentable que l'aide publique au développement : environ 3% du PIB pour l'Inde, 10% pour les Philippines et au Cameroun en 2024, 8,5% du budget national. Le modèle philippin montre la rentabilité d'un infirmier qui, pour un coût de formation de 5 000 dollars, rapporte environ 250 000 dollars de transferts sur 10 ans. Ce n'est plus une fuite de cerveaux, mais une exportation de services.
En 2024, le Cameroun a mobilisé 625 milliards de FCFA à travers les transferts de la diaspora, tandis que le Sénégal a mobilisé 4 000 milliards de FCFA grâce à une gouvernance mieux structurée. On compte environ 30 000 médecins camerounais en Europe. Leur mobilisation est nécessaire pour que ce soient des cerveaux formés qui rapportent au Cameroun d'aujourd'hui.
Le message clé est de passer de la fuite des cerveaux au gain de qualité, en faisant de la diaspora un levier de la SND30. »
Le message clé est de passer de la fuite des cerveaux au gain de qualité, en faisant de la diaspora un levier de la SND30. »
Sur le vide juridique et la régulation de la mobilité sortante
« La Politique Nationale de la Migration de la Main-d'œuvre a été conçue et restituée au Cameroun par le MINTSS. L'enjeu est de finaliser, adopter et opérationnaliser cette politique.
Nous sommes à un moment charnière où elle doit passer du document à la décision.
Nous sommes à un moment charnière où elle doit passer du document à la décision.
Cependant, il réside un paradoxe particulier dans l'ancrage juridique : le cadre existant encadre le placement interne et l'emploi des étrangers au Cameroun, mais aucun cadre juridique spécifique n'organise l'envoi des travailleurs camerounais à l'étranger. Cette absence constitue le fondement même de l'informalité observée, avec environ 200 agences informelles répertoriées.
Il n'existe pas encore de loi, ni de contrat-type, ni d'accord bilatéral, ni de structure unique qui puisse encadrer et suivre l'évolution du placement à l'étranger. »
Il n'existe pas encore de loi, ni de contrat-type, ni d'accord bilatéral, ni de structure unique qui puisse encadrer et suivre l'évolution du placement à l'étranger. »
Sur l'architecture institutionnelle et la création d'un Observatoire
« Il est question de passer de la logique de l'entrée à l'organisation de la sortie sécurisée à travers un Observatoire du Capital Humain et de la Mobilité des Compétences. Cet Observatoire assurera un suivi régulier, des analyses prospectives, la publication d'un baromètre trimestriel, l'appui aux négociations bilatérales avec un contrat-type national et le suivi de la Politique Nationale.
Cette infrastructure permettra un dialogue clair entre acteurs : le MINEFOP forme, le MINTSS valide, le MINREX négocie et affine les accords, le MINFI trace les remises de la diaspora, le MINJEC mobilise les jeunes, tandis que le patronat, le FNE et les universités agissent comme partenaires stratégiques. »
Sur les enseignements stratégiques et la vision d'avenir
« Le Cameroun fait face à trois diagnostics stratégiques : une gouvernance qui mérite d'être améliorée, une mobilité des compétences en marche et des opportunités internationales concrètes. La mobilité existe déjà, l'enjeu est désormais de mieux la gouverner.
Ce débat ne porte plus uniquement sur la migration, mais sur la valorisation du capital humain camerounais comme une infrastructure visant à contribuer activement au développement. La question n'est plus de savoir si la mobilité existe, mais de savoir comment la transformer en levier d'emploi, opérer une transformation économique et conserver la compétitivité nationale sur ce marché mondial. »
Propos recueillis par Line TCHAKOUNTE



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