À l’occasion de la Journée mondiale des vétérinaires 2026, le Dr Zéphyrin Fotso Kamnga, Responsable national One Health à la FAO Cameroun, livre un plaidoyer vibrant pour la reconnaissance d'une profession de l'ombre. Souvent réduits à de simples soignants pour animaux, les vétérinaires constituent pourtant le premier rempart contre les pandémies humaines et le garant ultime de la qualité de nos assiettes. Dans un contexte marqué par l'émergence de nouvelles maladies et les défis du changement climatique, investir dans la médecine vétérinaire n'est plus une option, mais une nécessité stratégique pour la résilience de la nation camerounaise.


Un rempart méconnu contre les menaces sanitaires mondiales
  
Le quotidien des millions de Camerounais est rythmé par une sécurité sanitaire dont ils ignorent souvent l'origine. Que ce soit dans la discrétion des abattoirs, l'effervescence des marchés ou la rigueur des postes frontaliers, les vétérinaires agissent comme des gardiens silencieux. Dr Zéphyrin Fotso Kamnga souligne que ces professionnels « œuvrent discrètement pour prévenir les risques sanitaires, protéger les populations et garantir la qualité des aliments ».

Leur mission dépasse largement le soin individuel de l'animal pour s'inscrire dans une dimension collective et préventive. « Derrière chaque morceau de viande consommé sans danger, chaque verre de lait sain ou chaque marché approvisionné, se cache le travail rigoureux de ces sentinelles essentielles de la santé publique et de la sécurité alimentaire », rappelle-t-il avec force. Cette présence est d'autant plus vitale dans les zones reculées du pays où l'accès aux soins reste un défi majeur.


L’approche Une seule santé : quand la faune dicte la santé humaine
  
L'interconnexion entre l'homme, l'animal et l'environnement n'est plus une théorie, c'est une réalité biologique chiffrée. Selon les données de l'OMS, près de 60 % des maladies infectieuses humaines sont d'origine zoonotique, et ce chiffre grimpe à 75 % pour les maladies émergentes. Le Dr Fotso Kamnga précise que des pathologies comme « la rage, la grippe aviaire, la brucellose, la tuberculose bovine ou encore Ebola » illustrent la porosité de la frontière entre les espèces.

Dans ce schéma, le vétérinaire occupe un poste d'observation privilégié : « Le vétérinaire est souvent le premier à détecter un signal d'alerte : un foyer inhabituel, une mortalité anormale, un comportement animal suspect. En intervenant à la source, il empêche la maladie de franchir la barrière des espèces ». C’est ici que prend tout son sens l'approche « Une seule santé » (One Health), soutenue activement par la FAO au Cameroun pour coordonner les secteurs de la santé humaine, animale et environnementale.


La sécurité alimentaire commence bien avant l'assiette

L'économie camerounaise repose en grande partie sur l'élevage, une source de protéines indispensable à la croissance des populations et à la survie des ménages. Cependant, cet équilibre est fragile. Une épizootie non maîtrisée peut entraîner une onde de choc économique dévastatrice : chute des revenus, hausse des prix et explosion de la malnutrition.

L'expertise vétérinaire est donc le socle de la souveraineté alimentaire. « L'estampille vétérinaire n'est pas une formalité : elle est une promesse de sécurité, de confiance et de santé pour le consommateur », affirme le responsable de la FAO. Il martèle que la santé publique ne débute pas dans les couloirs des hôpitaux, mais bien « à l'étable, au marché et à l'abattoir ».

Négliger ces contrôles, c'est exposer la population à des intoxications massives et à l'ingestion de résidus de médicaments nocifs.

Le défi de l’antibiorésistance et la construction d'un avenir résilient
  
Au-delà des virus, une menace plus insidieuse progresse : la résistance aux antimicrobiens. L'usage incontrôlé d'antibiotiques dans les élevages crée des bactéries ultra-résistantes qui rendent les traitements humains inefficaces.

Face à ce péril, les vétérinaires prônent un changement de paradigme basé sur la prévention, la vaccination et la biosécurité. Pour le Dr Fotso Kamnga, le message de cette journée 2026 est limpide : « Les vétérinaires ne sont pas des acteurs périphériques du développement, mais des piliers de la santé publique, de la sécurité alimentaire et de la stabilité sociale ». En conclusion, il appelle à un investissement massif dans les capacités et la professionnalisation de ces services.

Protéger cette profession revient à sécuriser les moyens de subsistance des éleveurs et à préparer le Cameroun aux crises de demain, car, in fine, « protéger les vétérinaires, c'est protéger le Cameroun ».

Line TCHAKOUNTE