Ce 21 avril 2026 à Yaoundé, la salle de Conférences du Ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation a abrité la signature officielle de l’accord-cadre de partenariat entre le MINRESI et l’Institut International d’Ingénierie de l’Eau et de l’Environnement, Institut 2iE. Portée par la Ministre Madeleine Tchuinte et le Directeur Général Pr. El Hadji Bamba Diaw, cette convention consacre une mutualisation des compétences scientifiques et techniques au service de la souveraineté technologique du Cameroun et de l’Afrique centrale.


Une diplomatie scientifique au service de l’intérêt national

Ouvrant la cérémonie, S.E. Madeleine Tchuinte a rappelé que la mutualisation des efforts constitue le socle de toute avancée scientifique durable.

Citant un philosophe contemporain, la Ministre a souligné que « le succès est une aventure collective, valorisant la collaboration, la complémentarité des forces et la confiance mutuelle plutôt que la performance individuelle isolée ». Pour la patronne de la recherche camerounaise, cette exigence de synergie justifie pleinement le rapprochement avec 2iE, institution panafricaine implantée au Burkina Faso et disposant d’une représentation à Yaoundé depuis 2012. Saluant « la contribution déterminante du Burkina Faso, pays frère, terre d’hospitalité, de rigueur intellectuelle et d’engagement panafricain », Madeleine Tchuinte a insisté sur le fait que « l’avenir scientifique de l’Afrique ne saurait se construire dans l’isolement de nos nations, mais plutôt grâce à la mutualisation de nos intelligences et de nos ambitions ».

La Ministre a érigé l’accord en « acte de gouvernance, de diplomatie scientifique, et de transformation structurelle », destiné à faire de la recherche « un des leviers de la transformation économique, sociale et culturelle »voulu par le Président Paul Biya.

2iE, l’héritage d’une ambition africaine qui s’internationalise

Dans son allocution, le Pr. El Hadji Bamba Diaw a replacé la signature dans une trajectoire historique.

« L’histoire de 2iE est, au fond, une histoire africaine, et c’est précisément pour cela qu’elle nous appartient, qu’elle nous inspire, et qu’elle nous oblige », a déclaré le Directeur Général. Rappelant que l’institut est né de la volonté de quatorze États d’Afrique de l’Ouest et du Centre de « construire sur leur propre continent les institutions qui forgeraient leurs élites techniques », il a souligné que les écoles fondatrices EIER et ETSHER ont formé 13 443 ingénieurs et techniciens en quatre décennies. Rien que pour le Cameroun, 2iE a formé 1 440 ingénieurs et techniciens, auxquels s’ajoutent 17 docteurs.

Aujourd’hui, 2iE revendique une double reconnaissance : celle des pairs africains et celle des standards internationaux, avec l’accréditation de la Commission française des Titres d’Ingénieur et le label EUR-ACE. Pour le Pr. Diaw, ces acquis « sont la preuve que l’excellence africaine peut se mesurer à l’excellence mondiale et y résister, voire la surpasser dans les contextes qui nous sont propres ».

Il a également salué le rôle historique de Sa Majesté Abdoulaye Aboubacry, Président du Conseil d’Administration de 2iE et Président du Sénat du Cameroun, dont « l’implication personnelle »a facilité la signature de l’accord.

Des livrables mesurables pour éviter la rhétorique des intentions
  
Refusant que la convention reste « une déclaration d’intention, solennelle le jour de leur signature, et silencieuse les années suivantes », la Ministre Tchuinte a annoncé une gouvernance resserrée autour d’un Comité de Pilotage doté de réels pouvoirs. « Le COPIL ne sera pas un organe décoratif.

Il sera le cœur de la gouvernance. Il fixera les priorités, arbitrera, suivra les résultats, et garantira la transparence », a-t-elle martelé. Quatre risques ont été identifiés : la dispersion thématique, le financement incertain, la lenteur administrative et l’asymétrie dans l’exécution.

Pour les conjurer, le MINRESI propose de _« prioriser, séquencer, et concentrer les efforts sur un portefeuille limité mais transformateur », de diversifier les sources de financement et d’instituer « des revues à échéances fixes, avec procès-verbaux, indicateurs des performances et actions correctives ». De son côté, le Pr. Diaw a insisté sur la logique de partenariat équilibré : « Cet accord-cadre repose sur une logique de partenariat équilibré, fondé sur la complémentarité de nos atouts et la convergence de nos intérêts, avec des axes de collaboration structurants ».

L’objectif affiché est clair : « transformer la recherche en levier concret de développement, en favorisant le passage de la connaissance à l’innovation, et de l’innovation à l’impact socio-économique ».

Eau, énergie, génie civil : les chantiers prioritaires d’une Afrique qui innove
 
Les domaines d’intervention de 2iE eau, assainissement, énergie, environnement, génie civil, entrepreneuriat et intelligence artificielle  recoupent les vulnérabilités structurelles du continent. La Ministre a lié ces enjeux à la sécurité globale : « La sécurité sanitaire mondiale, la sécurité environnementale et la sécurité économique se rejoignent dans un même impératif, celui de bâtir des systèmes robustes, capables d’anticiper, d’absorber et de se relever ».

Elle a rappelé que sans indépendance scientifique et technologique, « l’indépendance politique perd son sens ». Le Pr. Diaw a abondé dans le même sens, affirmant que « l’Afrique doit s’appuyer sur ses propres forces, ses talents et ses institutions pour construire son avenir ».

L’accord permettra à 2iE de « renforcer son ancrage institutionnel et scientifique au Cameroun » tout en offrant au MINRESI un accès à un réseau de chercheurs et à des plateformes d’innovation éprouvées. Pour Madeleine Tchuinte, l’heure est à l’action : « L’avenir ne se remet pas à demain ; il se construit dans les ateliers, les laboratoires, les starts up et les incubateurs ». La cérémonie du 21 avril 2026 s’achève ainsi non sur une promesse, mais sur un calendrier, des responsabilités et une ambition partagée : faire de la science africaine une force de transformation, maîtrisée par les Africains, au bénéfice des Africains.


Line TCHAKOUNTE