Une vague d’émotions et de colère a submergé la morgue de l’Hôpital Central de Yaoundé ce samedi 18 avril 2026, lors de la levée de corps de Jessica, jeune femme enceinte brutalement tuée à son domicile de Nkolnda. Conduite par le Collectif des femmes indignées sous l’égide de Simone Virginie Ngah, adjointe au Maire à la Commune d'arrondissement de Yaoundé 6, la cérémonie s’est muée en un plaidoyer poignant contre les féminicides et l’insécurité grandissante. Entre larmes, chants de douleur et appels à la justice, les femmes ont fait de cette mise en bière un acte de résistance civique.


*Nkolnda : chronique d’un féminicide qui révolte*  
Le quartier Nkolnda après Odza, est encore sous le choc. Jessica, 28 ans, enceinte de six mois, a été retrouvée sans vie à son domicile en début de semaine, victime d’une violence dont les circonstances exactes restent à élucider par l’enquête judiciaire. Ce drame, survenu dans l’intimité du foyer censé être un refuge, a cristallisé l’exaspération face à la recrudescence des violences faites aux femmes.

L’annonce de sa mort a provoqué une onde de choc qui a rapidement dépassé les limites du quartier pour mobiliser associations, autorités locales et défenseurs des droits humains. La levée de corps de ce jour n’était donc pas une simple formalité mortuaire, mais la réponse collective à une tragédie devenue le visage d’un fléau social.

Le Collectif des femmes indignées en première ligne du deuil et du combat

Dès l’annonce du drame, le Collectif des femmes indignées a pris la tête de la mobilisation.

Conduit par Simone Virginie Ngah, adjointe au Maire à Yaoundé 6, le mouvement a transformé la cérémonie d’adieu en une tribune contre l’impunité. Vêtues de noir et de blanc, des centaines de femmes ont escorté la dépouille de Jessica dans un silence lourd, brisé par des cantiques et des slogans appelant à la fin des violences. Prenant la parole au nom du collectif, Simone Virginie Ngah a dénoncé « l’assassinat lâche d’une mère et de son enfant à naître », exigeant une enquête diligente et des sanctions exemplaires.

Pour Madame le Maire, ce féminicide interroge la responsabilité collective : celle des pouvoirs publics dans la protection des femmes, mais aussi celle de la société face à la banalisation de la violence. Le collectif a annoncé le dépôt d’une plainte avec constitution de partie civile et la mise en place d’une cellule de veille citoyenne dont le point focal est à Yaoundé 6.

Au-delà de l’émotion, l’exigence de justice et de protection

Si la douleur était palpable, la détermination l’était tout autant.

La levée de corps de Jessica marque un tournant dans la prise de parole publique des femmes sur l’insécurité. Le Collectif des femmes indignées a dressé trois exigences immédiates : l’accélération de l’enquête pour identifier et juger les auteurs de ce crime, le renforcement des mécanismes d’alerte et de prise en charge des femmes menacées, et une campagne nationale de sensibilisation contre les violences basées sur le genre. Des représentants de la société civile, des autorités traditionnelles et des familles endeuillées par des drames similaires ont répondu présents, signe que le cas de Jessica résonne comme un signal d’alarme.

En quittant la morgue de l'hôpital Central de Yaoundé, le cortège funèbre a laissé un message clair aux autorités : le temps du silence et de la résignation est révolu. La justice pour Jessica est désormais celle de toutes les femmes.

Line TCHAKOUNTE