En marge des travaux de la Conférence du Bassin du Congo réorientée au Cameroun, la dynamique paysanne régionale évalue les résolutions de Kinshasa et prépare une réponse collective aux défis de la sécurité alimentaire et de la préservation de l'environnement. Dans cette interview exclusive, Élisabeth Atangana, présidente de la Concertation Nationale des Organisations Paysannes du Cameroun (CNOP-CAM) et ambassadrice spéciale de la FAO pour les coopératives, détaille les enjeux de ce rassemblement subrégional et trace les perspectives d'une transformation agricole durable au profit des femmes et des jeunes.


Madame la Présidente, pouvez-vous nous rappeler le contexte de création de la Conférence du Bassin du Congo et la genèse de cette initiative subrégionale ?

La Conférence du Bassin du Congo est née dans le sillage de la conférence sur le lancement du programme « Je mange africain », qui avait été inaugurée en 2022 par Son Excellence Gabriel Mbaïrobé et Son Excellence Monsieur Mbairoke, autour d'une vision axée sur le slogan « Je mange africain, je mange camerounais ».

C'est à la suite de cette rencontre que nous avons sollicité l'Alliance pour la Souveraineté Alimentaire en Afrique (AFSA) afin qu'elle accompagne la région du Bassin du Congo. Cette requête a été acceptée, ouvrant ainsi la voie à la tenue d'une première conférence à Kinshasa, en République Démocratique du Congo. Des résolutions majeures y ont été adoptées, débouchant sur la création de plusieurs groupes de travail thématiques axés notamment sur le renforcement des capacités, le plaidoyer sur l'agroécologie, le rôle des femmes et des jeunes, la préservation de la biodiversité, la protection de l'environnement et l'implication des peuples autochtones.


Quels sont les objectifs spécifiques de la présente rencontre organisée au Cameroun et les enjeux qui guident vos travaux ?

 Initialement prévue en RDC, cette rencontre a été réorientée au Cameroun en raison de l'épidémie d'Ebola. Après les nombreuses activités menées sur le terrain avec l'appui de l'AFSA, il était de bon ton d'évaluer le chemin parcouru depuis Kinshasa et de définir des actions prioritaires, tant au niveau individuel de chaque État que sur le plan collectif subrégional. L'ambition première est de sceller un partenariat renforcé autour d'une agroécologie inclusive réunissant les décideurs politiques, les organisations paysannes, les ONG, la recherche scientifique, les partenaires au développement et le secteur privé, afin de garantir la sécurité et la souveraineté alimentaire de nos pays.

Le second objectif réside dans la mise en place d'un programme structuré de renforcement des capacités et de plaidoyer pour la transformation des politiques publiques en faveur de systèmes alimentaires durables. Il s'agit en somme d'œuvrer pour une alimentation saine, la création de richesses pour les femmes et les jeunes, et la préservation de notre environnement pour les générations actuelles et futures.

Qu'en est-il des perspectives et de l'échéance fixée pour la tenue de la prochaine édition de cette conférence subrégionale ?

La décision sur la périodicité et le calendrier de la prochaine conférence sera arrêtée de concert avec l'ensemble des participants à l'issue de nos travaux.

L'événement pourrait se tenir dans un intervalle de deux à trois ans, selon la feuille de route et les stratégies de mise en œuvre que nous adopterons pour évaluer efficacement nos avancées. C'est donc à la clôture de cette rencontre que nous pourrons décider de quand nous allons tenir la rencontre sur le Bassin du Congo.

Propos recueillis par Line TCHAKOUNTE