Face à l'urgence climatique et aux dérives de l'agro-industrie intensive, la deuxième Conférence du Bassin du Congo s'est ouverte le 25 août 2026 dans la capitale camerounaise. Bien plus qu'un colloque institutionnel, ce rassemblement de trois jours initié par l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA) vise à poser les jalons d'une rupture systémique : faire de la terre nourricière le bouclier ultime de la biodiversité centrale africaine.

Au cœur de la cuvette congolaise, deuxième poumon vert de la planète, l'équation semblait jusqu'ici insoluble : comment nourrir une population en pleine croissance démographique sans altérer irrémédiablement le couvert forestier ? La réponse ne viendra ni des fertilisants de synthèse, ni des recettes importées du productivisme à outrance.

Depuis ce 25 août 2026, Yaoundé s'affirme comme le laboratoire vivant d'une transition environnementale majeure où l'agroécologie cesse d'être une doctrine contemplative pour devenir une arme de souveraineté.

72 heures pour repenser l'acte paysan

Pendant 72 heures, les délégations venues de quinze nations  scientifiques, figures de la société civile, coopératives paysannes et bailleurs de fonds  croisent leurs grilles de lecture autour d'un mot d'ordre ambitieux : « Agroécologie pour des systèmes alimentaires inclusifs et durables, biodiversité et justice climatique dans le Bassin du Congo ». 

L'enjeu dépasse la simple mise en réseau d'expériences locales.

Il s'agit de repenser l'acte paysan comme un arbitrage écologique où la résilience des sols garantit la sécurité de l'assiette.

La fin des compromis cosmétiques

« Le temps des compromis cosmétiques est révolu. Préserver le massif forestier tout en important ce que nous mangeons est un non-sens géopolitique et écologique », confiait un délégué de l'AFSA en marge des travaux d'ouverture.

 

De fait, l'accent mis sur la justice climatique traduit une prise de conscience aiguë : les communautés rurales du Bassin du Congo, bien qu'émettrices dérisoires des gaz à effet de serre mondiaux, subissent de plein fouet les dérèglements pluviométriques et l'érosion de leur capital naturel.

Vers la Déclaration de Yaoundé

La perspective majeure de ce sommet réside dans l'élaboration de la Déclaration de Yaoundé. Ce document stratégique, attendu à l'issue des consultations, ambitionne de fixer la trajectoire normative des États de la sous-région.

 

Loin des déclarations d'intention sans lendemain, cette charte entend fonder un cadre de coopération régionale liant harmonisation des politiques publiques, valorisation des savoirs endogènes et financement direct des filières éco-responsables.

En plaçant la souveraineté alimentaire au même niveau que la protection des écosystèmes, Yaoundé impose une évidence : l'avenir climatique mondial dépendra en partie de la capacité du Bassin du Congo à inventer son propre modèle agricole. Une trajectoire exigeante où produire ne signifie plus épuiser, mais pérenniser.


Line TCHAKOUNTE