Les réseaux sociaux sont devenus un formidable espace de liberté d'expression. Mais lorsqu'ils se transforment en tribunaux populaires où des responsables publics et leurs familles sont quotidiennement pris pour cible, la question mérite d'être posée : la critique s'est-elle transformée en harcèleme

Quand la famille devient une cible

La critique de l'action publique est normale dans une démocratie. Elle fait partie du débat citoyen.

Mais peut-on accepter que des épouses, des enfants ou des proches deviennent à leur tour les cibles de publications quotidiennes, d'insultes et de commentaires violents simplement en raison de leur lien familial avec un responsable de l'État ?

Cette question mérite d'être posée avec sérieux.

Depuis plusieurs semaines, de nombreuses publications visant la famille d'Oswald Baboke circulent sur les réseaux sociaux. Des images, des vidéos et diverses affirmations sont abondamment relayées, souvent sans que leur authenticité ou leur lien avec les personnes visées ne soit établi publiquement.

Le risque d'une justice rendue par les réseaux sociaux

L'histoire récente montre qu'une information répétée des milliers de fois finit parfois par être perçue comme une vérité, même lorsqu'elle n'a jamais été démontrée.

Or, dans un État de droit, ce ne sont ni Facebook, ni TikTok, ni WhatsApp qui rendent la justice.

Ce rôle appartient exclusivement aux juridictions compétentes.

La présomption d'innocence n'est pas un privilège réservé à quelques-uns.

C'est une garantie reconnue à chaque citoyen, quel que soit son rang ou sa fonction.

Les familles paient souvent le prix fort

Derrière chaque personnalité publique se trouvent des époux, des enfants, des parents et des proches qui n'exercent parfois aucune responsabilité politique ou administrative.

Lorsque leurs noms, leurs photographies ou leurs activités sont exposés en permanence sur les réseaux sociaux, ils peuvent être confrontés à des insultes, des intimidations ou des menaces.

Si de tels comportements sont avérés, ils ne constituent plus un simple débat d'opinion, mais peuvent relever d'infractions prévues par la loi.

Une société démocratique ne peut accepter que des familles vivent dans la peur ou sous une pression permanente en raison de publications diffusées sur Internet.

Informer ou condamner ?

Informer consiste à rapporter des faits vérifiés.

Accuser suppose de produire des preuves.

Condamner relève exclusivement des tribunaux.

Lorsque ces trois étapes sont confondues, le risque est grand de transformer les réseaux sociaux en espaces où l'émotion prend le pas sur les faits et où la réputation d'une personne peut être atteinte sans possibilité de défense.

Un appel à la responsabilité

Le Cameroun a besoin d'une presse libre, de citoyens vigilants et de lanceurs d'alerte responsables lorsque des faits d'intérêt public sont établis.

Mais il a tout autant besoin d'un débat public fondé sur la vérification, le contradictoire et le respect des droits fondamentaux.

La lutte contre la corruption, les abus ou les dérives ne gagnera jamais en crédibilité si elle se confond avec les injures, les attaques personnelles ou le harcèlement.

La République se renforce lorsque la justice travaille sereinement et que chacun répond de ses actes devant les institutions compétentes, non devant le tribunal permanent des réseaux sociaux.

Le Cameroun mérite un débat public exigeant. Il mérite aussi que les familles, quelles qu'elles soient, soient protégées contre les excès de la haine numérique.

 

Sonny Onemboté

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