Alors que le Parlement camerounais vient d’entériner la création d’un poste de Vice-Président de la République, l'Union Républicaine (UR), dirigée par le Colonel retraité Samuel Ekembe, sort de son mutisme pour dénoncer une architecture institutionnelle de circonstance. Entre crainte de confiscation du pouvoir et critiques sur la gestion des deniers publics, le parti souverainiste appelle à une prise de conscience nationale face à ce qu'il qualifie de rupture du contrat social.

Un poste hybride au cœur de la controverse légitimiste

L’Union Républicaine, par la voix de son Président National, prend acte de cette mutation profonde de l’appareil d’État tout en soulignant une faille majeure dans l’onction populaire du futur dirigeant.

Selon la formation politique, la nomination d’un Vice-Président en lieu et place d’une élection au suffrage universel direct — contrairement au système de ticket présidentiel pratiqué dans d'autres démocraties — crée une autorité dépourvue de légitimité directe. Le parti s'inquiète de l'émergence d'un acteur hybride, simple délégataire de la volonté d'un seul homme, mais investi de fonctions de souveraineté essentielles. Pour le Colonel Ekembe, l’efficacité administrative ne peut en aucun cas justifier l’éviction du peuple du processus de désignation de ses dirigeants.


La fragilisation d’un ordonnancement institutionnel historique

Le texte souligne également que le Cameroun possédait déjà un mécanisme de transition clair et éprouvé à travers l'institution du Sénat. L'Union Républicaine voit dans cette superposition de fonctions une stratégie d'obsolescence programmée des instances existantes sans qu'aucune défaillance préalable n'ait été démontrée. Cette manœuvre est perçue comme un affaiblissement de la stabilité institutionnelle au profit d'un montage dont les contours réels demeurent flous pour l'opinion publique.

La position de l'UR est sans équivoque : le pays mérite une gouvernance empreinte de clarté plutôt qu'un agencement dicté par les circonstances politiques du moment.

Le paradoxe des économies budgétaires et des priorités sociales

L'un des points les plus virulents de la critique porte sur l'argument financier avancé par les promoteurs de la réforme. Le gouvernement justifie ce changement par le coût élevé des scrutins électoraux, un argument que l'Union Républicaine qualifie de leurre et d'insulte à l'intelligence des citoyens.

Le parti rappelle que si la démocratie a un coût que le contribuable assume au nom de sa souveraineté, la création d'une nouvelle institution s'accompagne inévitablement de dépenses concrètes : création d'une administration dédiée, acquisition d'un parc automobile et octroi de divers avantages budgétivores. Ces ressources seraient, selon le communiqué, bien plus utiles pour le ramassage des ordures, l'entretien routier ou l'amélioration du panier de la ménagère.

L'exigence de transparence et le verrou de l'inéligibilité

Enfin, l'Union Républicaine pose une condition sine qua non pour garantir l'intégrité du processus démocratique futur.

Elle exige que toute personne chargée de conduire une transition soit constitutionnellement frappée d'incapacité à se présenter au scrutin qu'elle organise. Sans ce garde-fou juridique, le parti craint que la réforme n'ouvre la voie à des manipulations électorales et à une confiscation pure et simple de la volonté populaire. En conclusion, l'UR appelle à une vigilance citoyenne accrue face à ce tournant historique qui, selon elle, sacrifie le bien-être social sur l'autel d'économies de façade.


Line TCHAKOUNTE