Entre accusations de « journalisme alimentaire » et guerre ouverte entre le préfet du Wouri Sylac Marie Mvogo et le gouverneur du Littoral, plusieurs voix dénoncent une instrumentalisation des médias et une dérive administrative qui fragilise la cohésion sociale à Douala. Des journalistes auraient perçu de l’argent pour couvrir les conflits fonciers, tandis que le préfet est accusé de déstabiliser une ville déjà sensible sur le plan sécuritaire.

Au Cameroun, la quête de la pitance par certains responsables de médias illustre la précarité extrême qui frappe le secteur de la presse.

Entre salaires impayés, subventions publiques jugées dérisoires et crise de la presse écrite, la survie économique des entreprises pousse parfois certains dirigeants vers des pratiques contraires à l’éthique professionnelle. 

La réalité quotidienne des patrons de presse et directeurs de publication s’articule autour d’une précarité structurelle et financière qui nourrit le phénomène du journalisme alimentaire. Pour payer l’impression, les charges et les collaborateurs, plusieurs directeurs seraient contraints d’accepter des rôles ingrats.

Leurs services se vendraient au plus offrant, même dans des dossiers sensibles comme les litiges fonciers qui secouent la ville de Douala. 

Le cas le plus récent illustre cette dérive. Selon des sources concordantes, plusieurs journalistes et patrons de presse auraient été reçus dans un hôtel à Bonamoussadi, où ils auraient perçu des sommes allant de 25 000 à 200 000 FCFA pour orienter le traitement médiatique des conflits fonciers.

D’après les mêmes sources, une certaine élite bien placée dans l’appareil gouvernemental entretiendrait volontairement la discorde entre les autorités administratives locales. 

Au cœur de cette tension, la relation conflictuelle entre le préfet du Wouri et son supérieur hiérarchique, le gouverneur de la région du Littoral, occupe l’avant-scène. À son arrivée à Douala, Sylac Marie Mvogo affirmait publiquement être l’œil et l’oreille du Secrétaire général de la présidence de la République et du ministre de l’Administration territoriale.

Cette posture expliquerait saisine directe du MINAT contre son supérieur hiérarchique, une démarche jugée inhabituelle dans la chaîne administrative. 

Mais au-delà des jeux de coulisses, c’est le comportement du préfet qui cristallise le mécontentement. Zèle, arrogance, mépris et insubordination sont les termes qui reviennent dans les témoignages recueillis auprès des populations du Littoral.

Les conseillers régionaux, le maire de la ville de Douala, les maires d’arrondissement, les chefs d’entreprise et les hommes d’affaires disent en avoir assez de celui qu’on surnomme désormais « le roi de la gaffe ». 

À cette cacophonie administrative s’ajoute l’implication de certains hommes de médias, accusés de monnayer leur plume contre quelques billets de banque. Dans un contexte où la moindre étincelle peut embraser Douala, ces pratiques alimentent l’inquiétude.

 

Face à cette situation, l’appel est unanime : il est urgent que le chef de l’État intervienne pour siffler la fin de cette guerre administrative qui nuit à la tranquillité des citoyens et à l’image des institutions.

Par Hervé Villars Kibong_  
PDG du Groupe Flèche D'Afrique et Regards Sur le Monde TV (RSM TV)