Monsieur Boyogueno Serge Hervé, Directeur Général de la Société Nationale des Mines (Sonamines), le rapport ITIE 2023 révèle un écart important entre les quantités d'or camerounais reçues aux Émirats (15,2 tonnes) et celles enregistrées par nos douanes (22 kg). Comment expliquez-vous que près de 560 milliards FCFA d'or aient pu quitter le territoire sans laisser de trace administrative ?

«Permettez-moi d'entrée de jeu, de préciser que la Société Nationale des Mines (SONAMINES S.A) a été investie de la mission de contrôle et de suivi des opérations de production, de commercialisation et de transformation ou de valorisation des substances précieuses et semi-précieuses issues de l'exploitation artisanale et artisanale semi-mécanisée, à la faveur des dispositions de l'article 116 de la loi portant Code minier du 19 décembre 2023.

Les écarts qui transparaissent dans les chiffres relayés par le rapport de l'ITIE ne sont pas nouveaux. En effet, dans son rapport d'analyse publié en mai 2021 sur « l'exploitation aurifère illégale en Afrique Centrale », INTERPOL relevait déjà qu'en dix ans, entre 2008 et 2018, les importations d'or des Émirats arabes unis en provenance du Cameroun sont passées de 0,3 à 11,7 tonnes tandis que, sur la même période, les chiffres officiels des exportations annuelles vers les Émirats arabes unis déclarés par le Cameroun n'ont jamais dépassé 32 kilogrammes.

La SONAMINES est bel et bien présente sur l'ensemble des sites d'exploitation artisanale semi-mécanisée qu'elle a préalablement identifiés.

Lesdites activités d'exploitation sont pour la plupart illégales car menées sans autorisation et en violation totale des dispositions de la loi. Nous contrôlons et suivons la production 7J/7, 24h/24 sur lesdits sites, et prélevons l'Impôt Synthétique Minier Libératoire ainsi que le Droit de sortie d'un taux global de 28,75% de la production totale.

Malgré les réformes engagées depuis 2024, la fuite de l'or artisanal reste massive au Cameroun.

Quels sont, selon vous, les principaux obstacles à la lutte contre ce phénomène et quels leviers la SONAMINES estime-t-elle prioritaires pour y mettre fin ?

L'exploitation artisanale au sens strict, qui génère la majeure partie de la production de l'or du Cameroun, est en cours de structuration par la SONAMINES. Nous travaillons à la formalisation des artisans en coopératives, au suivi permanent des activités des collecteurs et à la mise en place d'un projet de Convention de partenariat avec les Communes minières de l'Est.

Des actions fortes restent à mener pour lutter efficacement contre la fuite massive de l'or produit et en transit au Cameroun, notamment :
- La mise à la disposition de la SONAMINES des fonds pour l'achat de toute la production nationale d'or en vue de la constitution des réserves d'or stratégique de l'État du Cameroun ;
- La fermeture immédiate de l'ensemble de site d'exploitation artisanale semi-mécanisée illégaux en vue de leur mise en conformité ;
- L'application rigoureuse des dispositions de la loi portant Code minier ;
- Une meilleure harmonisation des actions des acteurs institutionnels impliqués dans les opérations d'exportation des substances minérales extraites de notre sous-sol.


Nous avons d'ailleurs sollicité la Coordination Gouvernementale pour accompagner ce processus et un allègement des procédures d'exportation qui sont avec la fiscalité jugée excessive, les principales causes de la fuite des exportateurs." 

Cet entretien est extrait du tabloïd « La République» appartenant  au Directeur de Publication Timothée Essomba Abena paru le 8 Janvier 2026 N° 1124